Éditorial

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Les frottements oculaires excessifs sont-ils le maillon indispensable à la survenue de la déformation cornéenne progressive et irrégulière qui caractérise le kératocône ? Cette question est au cœur d’un dossier centré sur la physiopathologie d’une affection cornéenne dont l’origine traumatique paraît plus que vraisemblable.

Alors que la piste d’une cause primitivement génétique peine à rendre compte de son caractère focal et asymétrique, et plus encore de la nette prédominance de ses formes sporadiques (90 %), un interrogatoire précis et systématiquement reconduit après délivrance d’informations détaillées révèle que les frottements précèdent invariablement l’apparition des premiers signes menant au diagnostic du kératocône. Il existe en sus des liens étroits entre le degré d’atteinte cornéenne et le type de frotte­ments oculaires. Ainsi, les formes unilatérales sont systématiquement associées à des frottements très prédominants sur l’œil atteint, tandis que les formes plus graves s’observent chez les patients qui frottent avec les phalanges, plus dures et délétères pour le tissu cornéen que la paume des mains ou la pulpe des doigts.

Une étude des facteurs de risque pour le kératocône présentée par Ludovic Gomez a permis de découvrir qu’outre des frottements oculaires insistants, une position de sommeil ventrale augmentait significativement le risque relatif pour le kératocône. Cette habitude revêt une dimension mécanique en raison de la pression d’appui prolongée et des forces transmises aux structures orbitaires au contact direct de la literie, l’avant-bras ou la main.

Est-il bien pertinent de cantonner les frottements oculaires à la rubrique des facteurs de risque pour le kératocône ? Ces gestes, souvent vigoureux et prolongés, exercent un stress mécanique considérable à l’échelle d’un tissu dont la résistance n’est assurée que par un fin treillis de fibres collagènes entrelacées. Le rôle de l’allergie oculaire ou d’un terrain atopique dans la survenue du kératocône est plus indirect mais médié par un dénominateur commun : les frottements récurrents, liés aux épisodes de prurit oculaire qu’ils génèrent.

Bien que l’utilisation de ce terme ait été consacrée par l’usage – et d’après une interprétation erronée des cartes topographiques de courbure –, l’atteinte cornéenne du kératocône ne devrait plus être qualifiée d’ectasie. Elle n’est ni protrusion, ni réelle distension, comme le démontre le travail présenté par Guillaume Debellemanière. En effet, les aires des surfaces antérieures et postérieures des cornées atteintes de kératocône ne diffèrent pas significativement de celles des cornées saines. Les manifestations topographiques du kératocône reflètent une distorsion à surface constante, pas une distension tissulaire.[...]

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À propos de l’auteur

Fondation Rothschild, CEROC, PARIS.

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