La rentrée est traditionnellement une période où l’on reprend ses habitudes, mais aussi où l’on mesure tout ce qui a changé pendant que l’on tentait, pour quelques (trop brèves) semaines, de s’en éloigner. En ophtalmologie, ces changements sont particulièrement rapides. Nous disposons d’images toujours plus précises, identifions de nouveaux biomarqueurs et accédons de plus en plus souvent aux mécanismes moléculaires ou génétiques qui sous-tendent les maladies. Pourtant, mieux voir ne suffit pas toujours : encore faut-il comprendre ce que nous voyons.
Le dossier de ce numéro, coordonné par Carl Arndt, en constitue une belle illustration. Consacré aux pathologies héréditaires, il nous conduit de la maladie de Stargardt aux neuropathies optiques héréditaires en passant par l’EMAP. Ces maladies nous rappellent combien le phénotype demeure essentiel, mais aussi combien il doit aujourd’hui être confronté à l’histoire naturelle, aux explorations fonctionnelles et à la génétique. L’enjeu n’est d’ailleurs plus seulement diagnostique : avec le développement des thérapies géniques et des essais thérapeutiques ciblés, identifier précisément une maladie peut désormais conditionner l’accès à une prise en charge spécifique.
Cette nécessité de dépasser l’apparence traverse plusieurs contributions de ce numéro. Élodie Bousquet revient ainsi sur les relations parfois complexes entre choriorétinopathie séreuse centrale et néovascularisation. La présence de liquide sous-rétinien ou d’un réseau néovasculaire ne suffit pas toujours à identifier le mécanisme responsable de l’activité observée, alors même que cette distinction conditionne notre stratégie thérapeutique. Cette contribution nous donne aussi l’occasion d’adresser toutes nos félicitations à Élodie pour sa récente nomination comme Professeur des Universités !
Cette réflexion dépasse la rétine. Laura Ninet nous propose une conduite à tenir très pratique devant une lésion pigmentée de la conjonctive : des apparences parfois proches peuvent correspondre à des situations dont le pronostic et la prise en charge sont radicalement différents.
Dans un autre domaine, Alice Grise-Dulac s’intéresse au glaucome évolutif et à la place que pourrait prendre la neuroprotection. Après des décennies durant lesquelles notre approche thérapeutique s’est essentiellement concentrée sur la pression intra-oculaire, une meilleure compréhension de la vulnérabilité des cellules ganglionnaires ouvre de nouvelles pistes, même si beaucoup restent encore à valider cliniquement.
Ce numéro paraît au moment où nombre d’entre nous s’apprêtent à rejoindre Vienne pour le congrès EURETINA. On y retrouvera beaucoup de ces mêmes interrogations : mieux caractériser les phénotypes, identifier les mécanismes[...]
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