Article commenté : Lim JI, Ambresin A, Avery RL et al. Reduction in Pigment Epithelial Detachment Thickness with Faricimab versus Aflibercept 2 mg during Head-to-Head Dosing in TENAYA/LUCERNE. Ophthalmol Sci, 2026;6:101148.
Les décollements de l’épithélium pigmentaire (DEP) constituent depuis longtemps l’un des biomarqueurs les plus difficiles à interpréter dans la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) néovasculaire. Une analyse post hoc des études TENAYA et LUCERNE, publiée par Lim et al. en mars dernier, montre que le faricimab induit une réduction plus importante de la hauteur et du volume des DEP que l’aflibercept 2 mg, particulièrement pour les DEP séreux (fig. 1).
A priori, ces résultats pourraient suggérer qu’une diminution du DEP constitue un objectif thérapeutique pertinent. Pourtant, l’amélioration anatomique observée s’accompagne d’un bénéfice fonctionnel relativement limité. Ce paradoxe rappelle que le terme « DEP » regroupe des lésions très hétérogènes dont la signification biologique et pronostique est variable.
Cette notion avait été particulièrement bien développée par Sarah Mrejen dans une revue sur l’imagerie multimodale des DEP. Les auteurs distinguaient déjà plusieurs catégories : DEP drusénoïdes, séreux, vascularisés et mixtes ; chacune correspondant à une physiopathologie, une histoire naturelle et une stratégie thérapeutique spécifiques [1].
Ainsi, une diminution de volume d’un DEP séreux associé à une néovascularisation de type 1 active traduit généralement une réponse favorable au traitement anti-VEGF. À l’inverse, l’affaissement progressif d’un DEP drusénoïde peut annoncer l’apparition d’une atrophie géographique. Dans les deux situations, le DEP diminue, mais la signification clinique est radicalement différente. La fig. 2 présente l’évolution spontanée d’un DEP séreux chronique sans signe de néovascularisation.
Les travaux de Schmidt-Erfurth avaient également souligné que certains DEP fibrovasculaires représentent avant tout un marqueur d’activité néovasculaire sous-jacente, et que leur persistance peut précéder l’apparition de lésions intrarétiniennes plus délétères pour la fonction visuelle [2].
Les résultats de Lim et al. doivent probablement être interprétés à la lumière de cette diversité sémiologique. Plutôt qu’un simple élément quantitatif, le DEP apparaît aujourd’hui comme une famille de biomarqueurs dont la composition, la réflectivité interne, l’association éventuelle à une néovascularisation de type 1 ou à des dépôts drusénoïdes et leur évolution dans le[...]
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